Sweet Dreams…

Si écrire un livre est une expérience passionnante, le publier est aussi une entreprise pleine de moments émotifs, et d’imprévus. À commencer (comme je l’évoquais dans un post précédent) par l’attente anxieuse de la réaction de l’éditeur à qui vous avez envoyé votre manuscrit.

Mais même si l’éditeur est partant, arrive tout de suite une autre étape clé : quelle collection, quelle ligne éditoriale, quel plan d’action? J’ai publié trois ouvrages, et à chaque fois la collection retenue a été différente de celle envisagée lors de l’initiation du livre. En 2002 c’était mon premier traité sur le Transport optimal, soumis à l’American Mathematical Society : il était destiné à une collection spécialisée (Mathematical Surveys and Monographs), mais l’éditeur a préféré le publier dans une collection plus ouverte (Graduate Texts in Mathematics), même si cette inclusion était, compte tenu du sujet et de la présentation du livre, “quite unusual´´ – pour reprendre le mot de mon ami Michael Loss, à l’initiative du projet.

En 2008, rebelote : mon second livre sur le Transport optimal, qui aurait dû — comme tous les cours de l’école de probabilités de Saint-Flour — être publié dans la série Lecture Notes in Mathematics, était reclassé par l’éditeur Springer dans la série plus solennelle des Grundlehren von mathematischen Wissenschaften. L’un des referees décrivait l’ouvrage comme “not typical´´.

En 2012, dix de der : après avoir reçu le manuscrit de mon ouvrage grand public Théorème vivant, Olivier Nora décidait, de manière audacieuse, de l’éditer dans la “série jaune´´, la collection littéraire historique de Grasset.

Évidemment, le choix d’une collection va avec un pari relatif au public touché; et de fait, au-delà du choix de l’éditeur, c’est bien de la part du public que l’on attend avec émotion les réactions : amis, journalistes, chroniqueurs, lecteurs anonymes (ou pas). Dans le cas de mon dernier ouvrage, comme certains commentateurs l’ont bien relevé, les choix stylistiques que j’avais adoptés allaient à contrecourant des habitudes de la littérature scientifique pour grand public, avec en premier lieu l’inclusion de formules brutes. De fait, les marques de surprise n’ont pas manqué : cette fois ci on n’a pas parlé d’objet inhabituel ou atypique, mais carrément d’objet littéraire non identifié — “la plus étonnante curiosité de la rentrée littéraire”, comme l’a écrit le critique Hervé Bertho dans le magazine Ouest-France.

Fort heureusement, les critiques ne se sont pas arrêtés à la curiosité, beaucoup ont voulu et ont réussi à en savoir plus; d’intéressantes réactions ont eu lieu, souvent assez différentes et complémentaires d’ailleurs.

Pour commencer il y a eu des interviews écrites et orales : l’Express, le Nouvel Observateur, Science & Avenir; la Matinale de France Culture et la chronique décalée de Philippe Vandel sur France Info. Dans tous ces cas, j’ai été sincèrement ému en découvrant le niveau de détail dans lequel les journalistes avaient lu et relu mon livre, demandant à approfondir ou commenter tel ou tel détail. Un livre est une forme très poussée de communication; dans le cas du mien, qui ouvre une porte sur l’univers très mal connu de la recherche scientifique, c’était l’occasion d’explorer de nombreux horizons.

De nouvelles recensions sont venues s’ajouter à celles de Myriam Thibault et Bloise Orageux : je citerai en particulier, dans des styles très différents, Isabelle Chaffanjon, Dany Venayre; Yann Moix pour le Figaro littéraire et Étienne Klein pour France Culture.

Sur les espaces de discussion Internet, vous vous faites décortiquer de manière plus crue. La forme peu policée des forums, l’anonymat de certains participants, le style d’ensemble des discussions, font que tout peut arriver sur un tel espace. Par principe je ne lis jamais les forums ou commentaires où l’on évoque mes prestations ou réalisations — c’est trop frustrant et parfois déstabilisant, on a envie d’intervenir mais on sait bien que c’est une mauvaise idée; et puis j’ai déjà assisté, dans mes jeunes années, à tant d’improductives flamewars, ou guerres de forum. Il arrive cependant que l’on me transmette des messages, déposés sur des forums, qui sont de véritables pépites.

Et naturellement, il y a les messages qui vous sont directement ou indirectement adressés, par des proches ou par des inconnus, mathématiciens ou non. Certains vous envoient de longs textes intéressants de 2, 3, 4 pages. Un seul de ces messages suffit parfois à éclairer votre journée et à vous convaincre que vous avez eu raison de vous lancer dans l’aventure. C’est ce qui m’est arrivé encore hier soir : j’étais de retour à la maison après une longue journée de travail, et on m’a indiqué une recension postée sur le blog Dans le pli. Je lis la recension, et je constate tout étonné que le commentateur a compris, vraiment compris, en profondeur, un message essentiel de mon livre; qu’il a intimement senti et appris même de mes échanges de mails les plus abstrus qui parsèment le récit, ceux dont je dis aux lecteurs qu’ils peuvent les sauter sans dommage pour ne pas briser l’élan de la lecture. ”Pari tenu” indique l’auteur du blog. Il n’en fallait pas plus pour se coucher l’âme momentanément en paix, de doux rêves plein la tête.

QUELQUES EXTRAITS DE MESSAGES


De Steve Murez, un photographe/cinéaste avec qui j’ai déjà travaillé :

J’en suis à la 63e page, et c’est du bonheur. Dommage d’y comprendre si peu, mais on ne peut pas être partout à la fois… Ou devrais-je me dire au contraire quel bonheur d’y comprendre autant? (….)

J’ai fini le livre ce matin. Un bonheur. Tu touches à tant de choses qui sont dans notre film, que j’ai l’impression de mieux comprendre — un tout petit peu mieux (mais c’est appréciable) — grâce au livre.

[Coïncidence :] Tu termines avec le poème par lequel j’ai compris ce qu’était la poésie.


De Pierre Cassé :

Je profite de votre suggestion de vous écrire, faite en tête de votre livre, pour vous faire part de mon grand bonheur d’ avoir lu, quasiment d’ une seule traite, “Théorème vivant”. Inutile de vous préciser qu’ il m’ a passionné. Cela ne m’était jamais arrivé, avec un livre de maths.


De Nicolas Petiot, enseignant :

Je viens de terminer votre beau livre “Théorème vivant”. Merci beaucoup pour cette merveilleuse aventure dans ce monde totalement inaccessible pour moi. Je pense y avoir mieux appréhendé le quotidien d’un mathématicien. La frustration de ne pouvoir comprendre les raisonnements évoqués et les calculs montrés a été bien compensée par leur simple beauté.

J’enseigne les mathématiques au collège, et votre travail, comme celui de Marcus du Sautoy (“Finding Moonshine”), ou le beau site du CNRS Images des mathématiques, me donnent encore plus envie de parler, de montrer et de faire (un tout petit peu, comme le problème de Syracuse ou la suite audioactive de John Conway) des mathématiques d’aujourd’hui avec les collégiens. J’ai déjà croisé des élèves jeunes et déjà si forts en mathématiques, j’espère en croiser plein d’autres et parmi eux, peut-être, de futurs chercheurs.

En vous souhaitant d’autres magnifiques découvertes


D’Abdelkarim Aityoussef :

Face à une Théorie Mathématique, il y a peu de gens qui commentent. Face à un roman, il y a beaucoup de lecteurs qui parlent, et ça prouve qu’il est vivant.

Continuez, Bon courage

Grand amateur


De Capucine Ruat (éditrice, Stock) :

J’ai eu l’occasion de découvrir votre livre, qui m’a beaucoup plu. Tant parce qu’il est passionnant qu’inattendu, et permet une plongée dans la création mathématique. Surtout j’en apprécie la qualité littéraire, la poésie et l’inventivité.


De Fanny Roux, libraire :

je me permets de vous écrire ce message pour vous remercier de votre livre “Théorème vivant”. J’en ai reçu un exemplaire à l’occasion de votre visite à Lyon dans le cadre de la présentation Grasset en juin dernier. Je l’ai lu immédiatement et il m’a fallu du temps pour vous envoyer ce message! Je suis libraire (plus beau métier du monde!) et vraie littéraire… heureusement pour moi car si les mathématiques m’ont toujours fascinée elles ne fascinaient pas mon cerveau résolument fermé à leurs raisonnements. “Théorème vivant” me permet enfin de partager les joies (et les douleurs) du mathématicien!


De Karen Brandin, qui m’a envoyé un long texte, très intéressant et personnel :

(…) Ce livre est foisonnant; même si le thème central est clair, il y a une foule de notions qui se côtoient sans s’ignorer, sans s’étouffer et sans perdre le lecteur, ce qui est un danger dans ces ouvrages polymorphes. Il y a réellement une correspondance telle qu’on en souhaite en maths avec des éclairages complémentaires, tous nécessaires. Même si vous avez choisi de joindre des pages entières de mathématiques pour le coup très techniques, des pages de professionnel, je ne pense pas que le lecteur Lambda en sera effrayé ou se sentira “abandonné”. Même avec un bac +8 et une thèse en théorie algébrique des nombres, je suis de mon côté simplement capable de les lire mais pas de les comprendre (…)


De Valérie German, photographe :

Je viens de finir votre livre Théorème vivant et je voulais vous remercier. J’ai jubilé d’un bout à l’autre de cette lecture. Merci infiniment, c’est rare et agréable! (…) Veuillez je vous prie accepter ces mots, je voudrais vous donner en écho un peu du plaisir qui a été le mien à la lecture des vôtres.


De Jean-Pierre Goux, mathématicien, auteur de thrillers (la série Siècle bleu) :

J’ai commencé “Théorème vivant” le jour de sa sortie en pensant lire quelques pages avant de me coucher et finalement je l’ai lu d’une traite jusqu’à 4 heures du matin. Un régal et un témoignage sans précédent du travail d’un mathématicien au XXIème siècle. Ce livre va faire tomber de nombreux mythes.

Même si je ne comprends pas le détail de vos travaux, la poésie de ce que vous racontez et l’enthousiasme que vous communiquez permettent de lire ce roman comme un “page turner”. En plus, quelle belle idée de raconter l’envers d’une démonstration “à deux” pour montrer aux jeunes générations que la recherche en mathématiques n’est pas toujours solitaire. Les biographies des différentes personnalités m’ont également beaucoup plu, celles de Knuth ou de Nash étant mémorables. Ce livre va connaître un immense succès, j’en suis sûr !


De Mickaël Fonton (Journaliste, Valeurs actuelles)

C’est très bon ! Pour une fois la quatrième de couverture ne ment pas : ça se lit comme un roman et on partage votre fièvre, jour après jour, obstacle après obstacle. En outre l’insertion, en forme d’hommage, des portraits de grands mathématiciens apporte une matière culturelle bienvenue.


Témoignage anonyme sur un forum :

Ce livre est très intéressant pour les thésards, futurs thésards, très agréables à lire pour les chercheurs et aussi pour ceux qui veulent savoir ce qu’est la recherche. Ce n’est pas une autobiographie, à la manière de Schwartz et encore moins un livre de vulgarisation. Il horripilera la plupart de ceux qui aiment avant tout les livres pour classes prépas et concours d’enseignement. Il répondra totalement à ceux qui posent périodiquement ici ou ailleurs: qu’est ce que la recherche en maths?

Ce livre est salutaire pour moi, c’est une sorte de carnet de route de recherche, montrant les lectures, le Latex, les échanges de mails, les discussions avec les collègues, les voyages à l’étranger, les conférences, etc… Franchement, c’est la première fois que je vois un livre parlant au plus près de l’activité de recherche. C’est aussi un objet littéraire non identifié et ça énerve, je le comprends, mais personnellement, je trouve ça imaginatif. On ne pourra d’ailleurs écrire ce genre de livre à mon avis qu’une fois. J’ai d’ailleurs été surpris de trouver ce livre chez Grasset dans une collection de littérature. J’imagine que bien que n’y comprenant rien aux mathématiques en question, ils ont aimé la présentation post-moderne du livre. Je tire mon chapeau à Villani pour s’essayer à une telle expérience.


De Marie-Line Body, enseignante (Saumur)

“Je vous écris de la main gauche, celle qui n’a jamais compté, celle qui faisait des fautes” pour vous remercier. Je viens de lire ou plutôt de dévorer “Théorème vivant”. Un livre tout simplement passionnant. Quel plaisir de rencontrer au hasard des pages Perelman, Gödel, Wiles, Grothendieck …

Un merci particulier pour la page 168 ! Je dois dire que ce fut un choc, Danielle Messia ! Je ne m’attendais pas à la rencontrer dans ce livre … Quel plaisir de lire le nom de cette artiste si injustement oubliée. J’ai bien évidemment ressorti un CD qui tourne en boucle.

Plus généralement, merci pour le travail de vulgarisation que vous effectuez. Je pense, par exemple, à votre conférence “la meilleure et la pire des erreurs de Poincaré” écoutée dernièrement avec une collègue. Pour nous, profs de lycée, cette démarche est précieuse. Denis Guedj oeuvrait dans ce sens et il manque terriblement.

Sincères remerciements pour ce merveilleux moment de lecture.


D’André Deledicq, fondateur du “Concours Kangourou” :

Passionnant, ton livre ! Ceci dit, je l’ai lu, assez curieusement, en commençant par le dernier chapitre. J’ai été tellement accroché que j’ai alors lu l’avant dernier ; et puis, la récurrence étant commencée, j’ai continué la “descente finie”. Merci pour ce bijou de littérature romanesque. Et à la fin, je n’ai pas regretté de lire le premier chapitre en dernier, car il est sûrement moins facile… un conseil au lecteur : le lire à sa fantaisie, la cohérence est dans le style et vient comme la cerise sur le gâteau.


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