En murmurant Charlie Charlie…

Je me trouvais à Beijing, mercredi dernier, quand la nouvelle du massacre de Charlie Hebdo a frappé de plein fouet le monde entier. Même si quelques développements y restaient en pratique inaccessibles du fait du filtrage Internet, la Chine ne faisait pas exception à cette vague résolument internationale. Que c’est marquant de voir, en première page d’un quotidien chinois, des manifestants newyorkais brandissant gravement de gigantesques photos de dessinateurs français souriants comme des enfants…

Charlie Hebdo, il m’arrive bien sûr de le lire à l’occasion (j’allais dire “il m’arrivait”; mais c’est le présent qui s’impose, car on espère bien que le journal va rester vivant). Et comme tout le monde, je connaissais bien le travail des dessinateurs assassinés, avec une tendresse toute particulière pour Cabu, dont j’ai lu et relu, enfant, sans tout comprendre je l’avoue, les recueils du Grand Duduche qui traînaient à la maison.

Mais le souvenir qui m’est tout de suite revenu en tête à la nouvelle du massacre, c’est un voyage dans l’Orient-Express, il y a deux ans, de retour de la Foire du Livre de Brive. J’avais passé une bonne partie du trajet à squatter le wagon de Charlie-Hebdo, et tout particulièrement à discuter de bon coeur avec Philippe Honoré, tout simplement Honoré de son nom de plume. Je le rencontrais pour la première fois, et je l’avais tout de suite trouvé adorable; sur mon fichier de livres à acheter, j’avais soigneusement ajouté le bestiaire de Vialatte qu’il venait d’illustrer. Au détour de la conversation on avait évoqué les menaces et les déboires de Charlie, et j’avais été impressionné par la sérenité lucide du groupe. Et puis, répondant à une invitation de la sémillante Catherine Meurisse, j’avais promis que je viendrais leur rendre visite… je regrette de ne pas avoir trouvé le temps de le faire, mais ce n’est que partie remise.

À l’époque où je lisais le Grand Duduche, il arrivait aussi que passe sur le tourne-disques familial un vinyle de chants de la Commune, enregistré par de grandes voix comme Marc Ogeret ou Francesca Solleville. Je ne comprenais pas tout non plus, mais c’était impressionnant. On y parlait de blessés achevés froidement; de raflés alignés en masse contre un mur et fusillés à la hâte; de leurs réactions variées face à la mort — peur, incompréhension, résignation, colère, révolte, fierté… On y parlait aussi de l’espoir qui, lui, ne mourrait jamais.

Aujourd’hui, le blessé froidement achevé dont parle la Terre entière, c’est le policier dont les derniers instants, en ce mercredi noir, ont été capturés par une caméra indiscrète. Et quant à savoir quels sentiments se sont bousculés dans la tête d’Honoré, de Cabu et de leurs amis au moment final, je ne peux qu’imaginer… on peut se prendre à espérer (piètre consolation) que la terreur, l’incompréhension et la douleur mêlées ont laissé quelque place à la fierté de mourir pour la liberté, et à la sérénité de savoir que d’autres reprendraient le flambeau, inlassablement. Ces sentiments sont aussi venus en aide, en leur temps, à bien des idéalistes exécutés, depuis les communards jusqu’à l’équipe Manouchian, qui avaient eu juste un peu plus de temps pour se préparer à mourir.

Célèbre couverture de Charlie Hebdo par Cabu

Célèbre couverture de Charlie Hebdo par Cabu

Le tout dernier dessin publié par Honoré

Le tout dernier dessin publié par Honoré

La couverture de The Independent au lendemain du massacre

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Charb fut exécuté quelques jours après ce dessin...

Charb fut exécuté quelques jours après ce dessin…

Le slogan qui a fait le tour du monde en quelques heures

Le slogan qui a fait le tour du monde en quelques heures

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